Yves Marre et Marc Van Peteghem – pour les populations démunies au Bangladesh

 

IMG_0412

Watever est une association qui a pour vocation de porter assistance aux populations démunies qui vivent sur les rives des océans et des fleuves par l’étude et la mise en place de solutions techniques adaptées à leurs situations économiques, sociales et climatiques dans tous les domaines liés à l’eau.

Je vous propose un retour rapide en images sur mon voyage de février 2012 au Bangladesh. J’y étais invité par Marc Van Peteghem et Jérémy Bertaud co-fondateurs de Watever pour découvrir leurs activités.

———–

Le Bangladesh (বাংলাদেশ) est situé entre l’Inde et la Birmanie. Indépendant depuis 1971 (après une guerre désastreuse), le pays a de nombreux handicaps, géographiques et politiques notamment, qui freinent son développement : la plupart du pays est situé à moins de 12 m au dessus du niveau de la mer (et même 10% en dessous).

Les nombreuses inondations, cyclones, la forte densité démographique, (1000hab/km2) et la faiblesse institutionnelle affectent lourdement le développement du pays.

C’est dans ce pays qu’Yves Marre débarque en 1994, avec une péniche convoyée (par la mer !) depuis la France afin d’en faire un bateau-hôpital flottant. Après divers projets, Yves décide de lancer un chantier naval : Taratari. Rejoint dans cette aventure par Marc Van Peteghem et Jérémy Bertaud, ils créent en 2011 une association, Watever, pour formaliser leurs actions de soutien aux populations littorales. Quelques mois plus tard, j’embarque dans l’aventure, par un premier voyage au Bangladesh.

Le but principal de ce voyage était pour moi de bien comprendre Watever en tant que structure : qui la compose, quelles sont les visions de chacun, sur quelles convictions les « associés » se retrouvent, quel est le but social (le problème ciblé), quel est le rôle de Watever, son modèle économique, sa vision…

Cela s’est progressivement éclairci. Surtout, la problématique m’est maintenant plus claire : le transport maritime est vital pour de nombreuses populations littorales, notamment au Bangladesh, il est incontournable pour se loger, se nourrir, s’éduquer, travailler. Or les populations locales n’ont pas accès à des bateaux adaptés, solides, sûrs, abordables. Ainsi des milliers de personnes, pêcheurs surtout, en souffrent (voire périssent) chaque année.

cropped-IMG_0837.jpg

Ainsi le but social de Watever est pertinent : il s’agit de permettre l’accès, pour le plus grand nombre, à des bateaux adaptés. Et les activités pour y parvenir sont cohérentes : développer à la fois des solutions techniques adaptées (fibre de jute, bambou), et des ateliers navals professionnels pour diffuser des techniques par le marché.

Ces réflexions stratégiques, longues discussions avec des gens passionnants car passionnés, s’illustraient parfaitement au contact des activités concrètes.

Dès mon arrivée je visitai le chantier naval Taratari. Dirigé par Yves Marre (cofondateur de Watever), il permet la construction de bateaux en composite fibre de verre / résine. Le chantier était en plein déménagement entre la banlieue de Dacca (Shavar) et Chittagong, cropped-IMG_0604.jpgl’occasion pour moi de voir un peu du pays, notamment les grandes plages où les vieilles carcasses flottantes (pétroliers, paquebots) viennent du monde entier s’échouer pour être déconstruites (dans des conditions sociales et environnementales désastreuses : voir à ce sujet le documentaire Iron Eaters). Autre point sombre sur le port de Chittagong, les 33 incidents liés à la piraterie durant les 3 premiers trimestre 2006 qui en ont fait le « port le plus dangereux au monde » par l’IMB (International Maritime Bureau). Chittagong est la ville du Bangladesh la plus proche de Cox’s Bazar, la plage naturelle la plus longue au monde, une des principales attractions touristiques du pays où les amis de Watever viennent tester leurs premiers surfs en fibre de jute.

 

C’est justement sur le jute que mon voyage s’est plus concentré. Le pôle Biomatériaux de Watever a lancé un projet de recherche sur cette fibre. Mené par Corentin de Chatelperron, le projet « Gold of Bengal » a pour but de remplacer la fibre de verre des composites actuels. Rappelons que le jute est une fibre végétale dont le Bangladesh est le premier producteur mondial, mais ce secteur (fortement artisanal et stratégique dans l’économie bangladaise) s’est effondré avec la montée en puissance des produits pétrochimiques (en particulier pour la fabrication de sacs).IMG_0231

En février 12, Corentin commençait la production  des premiers tissus 100% jute dans son labo artisanal, et préparait la réalisation d’un premier test d’infusion (un surf). Un an plus tard les progrès sont significatif, l’équipe de Gold of Bengal prépare un premier bateau 100% jute.

Outre le jute, l’équipe de Watever travaille maintenant également sur le bambou dans le cadre du pôle de recherche sur les biomatériaux. Cette dernière recherche est menée notamment par Gabriel Lerebours, porteur du projet Bamboo Boat.

La rencontre principale de ce voyage fut celle d’Alain Conan, le fort sympathique ex-capitaine du Rainbow Warrior 2. Nous avons profité de sa compagnie pour conclure le périple par une visite guidée son ancien bateau dans le port de Chittagong. Le 2 mâts est maintenant propriété de l’ONG Friendship qui le transforme en hôpital, dans la lignée des autres bateaux-hôpitaux dont Yves Marre était l’initiateur.

De retour du Bangladesh, la frustration est grande mais positive : si j’ai pu échanger quelques mots avec les ouvriers du chantier Taratari et du Rainbow warrior, ces quelques jours m’ont parus bien trop courts pour découvrir les populations locales pour lesquelles ces actions à vocation sociale sont destinées. Je ressens un manque, celui de mieux comprendre leurs modes de vies et donc leurs attentes pour m’assurer de la pertinence des solutions en cours d’élaboration. Mais ce manque se comble petit à petit : depuis ce voyage, j’ai rejoint le Conseil d’Administration de Watever, et l’équipe a depuis bien avancé sur l’analyse des besoins. Je tente maintenant de lui apporter d’humbles points de vues sur son modèle économique, pour faire grandir et aboutir cette aventure humaine passionnante.

Une certitude suite à ce voyage : cela fait un bien fou de voir des citoyens d’horizons, âges et origines si différentes, se réunir ensemble autour d’un projet innovant dont la vocation première est d’améliorer le quotidien de ceux qui en ont le plus besoin.

C’est un bel esprit de seatizens… pourvu qu’il en inspire d’autres !

Merci à toute l’équipe pour leur accueil chaleureux !

>>> SOUTENEZ CETTE INITIATIVE : cliquez ici

Voici aussi un schéma que j’ai produit en fév.12 sur le mode d’intervention vers lequel tend Watever :

Capture d’écran 2013-03-07 à 18.43.10

———

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Près du nouveau chantier Taratari – Chittagong 

——–

Avec Alexandra, Marc et Jérémy sur le bateau-maison de Corentin

—–

Transport de Bamboo à la voile – Shavar

———————-

Livraison de jute à l’usine de transformation voisine de l’atelier Gold of Bengal et du chantier Taratari – Shavar

L’atelier artisanal de corentin et les premiers tests de tissu en fibre de Jute qui serviront de renfort au futur composite (tissu+résine) – à Shavar

Moule de surf prêt pour les premiers tests d’infusion sur tissu de Jute, avec C. de Chatelperon (à Shavar)

La belle blonde – fibre de jute (Shavar)

 

Un des premiers bateaux (un Sampan) en fibre de verre du chantier Taratari, dessiné par Marc (à Shavar)

Sampan traditionnel sur les rives de Chittagong

—-

Le bateau ambulance conçu par Marc et fabriqué par Taratari

—-

Des bateaux « Masdoris » produits par Taratari pour le transport d’écolier bangladais avec le soutien de l’UNICEF

—-

Le chantier naval Taratari déménage de Shavar vers Chittagong

Plage de déconstruction de bateaux – Chittagong – Bangladesh

Les nouveaux bâtiments du chantier Taratari à Chittagong

Les nouveaux bâtiments du chantier Taratari à Chittagong

—-

En haut d’une colline, sur une petite île face à Cox’s Bazar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On board ex Rainbow Warrior 2 with M. Van Peteghem, Y. Marre, Al. Conan, J. Bertaud, A. Sourbier, T. St Olive. (à Chittagong)

ex Rainbow Warrior 2 - Chittagong - fév 12

L’ex Rainbow Warrior 2 – Chittagong

Gigantesque bateau traditionnel en chantier – Chittagong

Marc et Yves devant des bateaux traditionnels de pêcheurs – sud Bangladesh

Les anciens radeaux de survie des bateaux (pétroliers, vraquiers, etc) qui se massent par centaines à Chittagong sont utilisés pour transporter la population. Ces embarcations sont dangereuses, le but du chantier Taratari est d’améliorer les conditions de transport d’une population pour qui le bateau est au centre des déplacements quotidien. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *