Ecotaxe et emploi, bonnet rouge et rouge bonnet

Emploi et environnement, c’est bonnet rouge et rouge bonnet…Demain, grande manif pour l’emploi et contre l’écotaxe place de la résistance à Quimper.

Pourquoi ça grogne ?

Pour l’emploi : un territoire sans emploi c’est un territoire mort d’où le « La Bretagne se meurt ». Or l’emploi c’est des entreprises, et si les entreprises croulent sous trop de taxes et de charges, alors elles finissent pas couler.

L’ecotaxe n’est qu’une goutte d’eau, et la Bretagne n’est qu’une partie visible d’un iceberg de colère qui ne fait que grandir en France et qui trouve ses racines dans la difficile problématique de l’intégration d’une économie locale dans l’économie internationale.

Il s’agit d’abord d’un défi économique classique.

Avec l’ouverture des marchés européens, négociée dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, l’agriculture (et la pêche) bretonne axée sur le volume et les faibles marges s’est trouvée confrontée à la concurrence des autres pays. Des distorsions de concurrence sont apparues entre la France et des pays comme l’Allemagne, qui ont recours dans leurs abattoirs à la main-d’œuvre roumaine ou polonaise payée au salaire de leur pays d’origine. Quant aux « restitutions », elles ont commencé à baisser, et l’Union européenne a voté leur disparition à terme.

=> A cela s’ajoute la fluctuation du prix des matières premières agricoles, de plus en plus spéculatives. Or, l’élevage breton importe une bonne part de la ration, en particulier le soja, devenu plus coûteux au fil des ans
=> Le développement de la grande distribution, qui pèse inexorablement sur les prix et les marges de ses fournisseurs, a aussi contribué à mettre le secteur sous tension.

Mais : à la fin c’est l’Allemagne (et les libéraux) qui gagnent…

Puis, petit à petit, le défi environnemental (aux incidences économiques) s’est posé. Le secteur est responsable de rejets polluants, via son système de production (surtout pour l’élevage) et de transport, qui conduisent à des mesures (étatiques) punitives aux incidences économiques – et donc sociales- importantes, et nous y voilà donc : le mouvement de contestation breton s’est cristallisé sur le rejet de l’écotaxe, devenue un symbole du « pouvoir jacobin ».

Or qu’il s’agisse de préserver l’emploi local ou l’environnement, il y a pourtant des alternatives qui ne soient ni par la seule taxe, ni par la seule autorégulation du marché.

Shipping, World Trade and the Reduction of CO2 Emissions

Pour l’environnement, on parle ici de taxe dont la motivation (fort légitime) est de lutter à la fois contre le changement climatique (dont les incidences économiques seront catastrophique si rien n’est fait), et la dépendance énergétique : on taxe les camions pour financer le train et le fluvial-maritime moins polluants et sensés être aussi moins coûteux.

Mais on pouvait penser par exemple à une combinaison entre taxes d’un côté et permis d’émission d’un autre (et donc marché du carbone). C’est ce que le gouvernement français en janvier 2000 : instituer une écotaxe certes (la taxe a ses vertus dans certains cas), mais dont seraient exemptées les entreprises fortement consommatrice, à condition qu’elles entrent dans un système restreint de permis. Invalidé par le conseil constitutionnel en décembre 2000, ce système hybride avait le mérite de permettre la convergence des coûts marginaux dans le secteur où ils sont élevés, et de préserver la concurrentialité de l’économie française…

Et des systèmes de compensation carbone (plus incitatives que la taxe) existent, à commencer notamment par le Compte Epargne CO2, le premier système de compensation LOCAL d’émission, et dont justement le lancement est bientôt prévu en Bretagne fin 2013… je vous en reparlerai.

Pour les données comparatives entre les modes de transport, voir => http://www.shippingandco2.org/index.htm

Une réflexion au sujet de « Ecotaxe et emploi, bonnet rouge et rouge bonnet »

  1. Bonjour Antoine, c’est par hasard que je tombe sur ton article et j’ai eu envie d’ajouter mon grain de sel…
    Le problème est ardu et les solutions si elles existent, sont cachées derrière l’ épais brouillard de considérations court-termistes.
    La Bretagne mais aussi d’autres régions, a foncé depuis des décennies dans la « modernité », tant au niveau agricole qu’au niveau industriel, privilégiant la productivité et ignorant les dégâts collatéraux induits, tant sur le plan environnemental que sur le plan social et sociétal.
    Certes cela a entrainé la création d’emplois, générant ainsi une certaine « richesse », mais aussi une dépendance énorme et à la fin insupportable vis à vis du système.
    Comme aujourd’hui le système est en état d’implosion, les Bretons, et d’autres, se retrouvent en position d’otages.
    Position inconfortable s’il en est puisqu’il faudrait, pour ne pas mourir, perfuser un système qui vous broie. On appelle ça de la schizophrénie.
    L’appel à l’état à quelque chose de pathétique, car lui-même souffre de cette dépendance, et il semble évident que de ce fait il ne puisse proposer La solution, mais simplement des minis pansements.
    Nous sommes, et pas seulement la Bretagne, dans une situation instable et même explosive. les prochaines années vont être pénibles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *