Retour en Arctique pour la Nasa

Une cinquantaine de scientifiques de l’Agence spatiale américaine (Nasa, selon l’acronyme en anglais) ont entamé le 25 juin dernier une expédition au large de l’Alaska, dans l’Arctique, pour étudier comment le changement climatique affecte la chimie de l’océan et les écosystèmes marins.

La Nasa lance sa seconde et dernière expédition de la mission Icescape (pour Impacts of Climate on Ecosystems and Chemistry of the Arctic Pacific Environment). La précédente s’était déroulée en 2010.

Les 47 scientifiques de l’expédition, appartenant à différentes disciplines, ont embarqué le 25 juin dernier à bord du navire des garde-côtes «Cutter Healy» qui doit appareiller de Dutch Harbor, en Alaska. Certains instruments seront utilisés sur le navire et d’autres seront déployés dans l’océan et sur la glace arctique.

«Nous espérons que cette seconde expédition nous permettra de récolter davantage de données sur les processus physiques faisant remonter les nutriments des eaux profondes à la surface de l’océan», souligne Kevin Arrigo, de l’université Stanford à Palo Alto (Californie), principal responsable scientifique de la mission.

Et celui-ci de compléter dans son communiqué: «L’an dernier, Icescapeavait permis de découvrir un certain nombre de choses sur le cycle du phytoplancton». Ainsi, «nous savons maintenant à quel rythme il se développe et à quoi il réagit, et les mesures que nous effectuerons durant cette expédition nous aideront à confirmer ces observations».
Le phytoplancton, formé d’organismes microscopiques, joue un rôle déterminant dans la fixation du carbone minéral (CO2) qui se trouve dans l’océan. Il sert de nourriture de base pour la plupart des poissons.
Les observations et mesures effectuées sur place, combinées à celles fournies par les satellites de la Nasa, sont essentielles pour comprendre l’Arctique où les effets du changement climatique sont amplifiés. La réduction accélérée de la superficie et de l’épaisseur de la glace recouvrant l’océan Arctique témoigne de cette tendance et les scientifiques veulent savoir comment ce changement affecte l’écosystème océanique et la faune marine.

Le 28 juin 2011 par Geneviève De Lacour

La température monte dans les océans… et oblige les espèces à migrer

Une invasion de méduses qui menacent d’obstruer la prise d’eau de deux réacteurs d’une centrale nucléaire écossaise. L’histoire peut faire sourire mais elle est vraie. La centrale de Torness (exploitée par l’Espagnol Iberdrola) a bien été fermée mercredi 29 juin. Et semble-t-il, pareils incidents dus à une prolifération de méduses, d’algues et d’autres débris marins ne sont pas rares. Les températures plus élevées que la moyenne ces dernières semaines en mer du Nord pourraient expliquer la surabondance de méduses.

Serait-ce une autre preuve du réchauffement climatique? L’augmentation de température des océans serait, selon les scientifiques, à l’origine d’un des phénomènes de migration des espèces marines les plus importants jamais observés au cours des 2 derniers millions d’années.

La fonte des glaces en Arctique a ouvert un passage entre l’océan Pacifique et l’Atlantique Nord, rendant possible la migration du plancton, du poisson et même de baleines du Pacifique vers l’Atlantique. Selon un article publié le 26 juin dans le quotidien britannique The Telegraph, cette découverte laisse craindre une modification de toute la chaîne trophique marine. La compétition entre espèces d’origine et espèces invasives fait donc rage et souvent au détriment des indigènes.

Des espèces vivant normalement dans les régions subtropicales se retrouvent donc en Atlantique Nord. C’est le cas de Pelagia noctiluca, une méduse des mers du Sud qui a envahi les côtes britanniques, ou de la physalie (Physalia phisalis) aussi appelée galère portugaise, observée en Atlantique Nord.

Les dinoflagellés -une famille de micro-algues- migrent vers l’est, c’est-à-dire vers la mer du Nord et la Scandinavie. Le phénomène de bloom, c’est-à-dire l’éclosion massive de ces micro-organismes pompe l’oxygène de l’eau et rend les crustacés toxiques.

Et même la baleine grise (Eschrichtius robustus) a été prise sur le fait. Les premières ont été observées en 1998, elles venaient du Pacifique, traversant le nord du Canada pour finalement se retrouver au Groenland. Elles ont été vues à nouveau en 2007 et encore en 2010.

«Il semble que pour la première fois depuis des milliers d’années, une énorme zone marine s’est ouverte entre l’Alaska et l’ouest du Groenland, permettant un transfert massif d’eau et d’espèces entre les deux océans», déclare Chris Reid, professeur du laboratoire des sciences marines de Plymouth. «L’ouverture de ce passage permet au vent de s’engouffrer et de favoriser l’entrée d’un courant chaud ce qui facilite le passage des espèces.» Et selon le scientifique, «les conséquences sont énormes. La dernière incursion de ce genre d’espèces du Pacifique migrant vers l’Atlantique a eu lieu, il y a 2 ou 3 millions d’années».

 

L’impact du réchauffement sur les saumons et d’autres types de poissons pourrait être dramatique selon le spécialiste. Et si la glace continue à fondre jusqu’à disparition totale d’ici 20 à 30 ans, énormément d’espèces de poissons pourraient migrer.

Comme avec les méduses, les espèces tropicales et subtropicales migrent vers le nord en raison de l’augmentation de la température des océans.

Les scientifiques estiment que les invasions de planctons risquent de profondément modifier la chaîne alimentaire de l’océan Atlantique. Les espèces invasives sont moins nutritives que les autochtones qui, elles, sont mangées par de nombreux poissons et les baleines. Ce plancton invasif risque donc d’être moins nourrissant pour les espèces locales.

Combien de temps faudra-t-il avant de voir le bar et la sardine remplacés par des poissons lunes en Bretagne ?

Le 30 juin 2011 par Geneviève De Lacour