Conteneurs perdus en mer : On coule !

Depuis près de deux décennies, avec l’augmentation du trafic maritime mondial, le nombre de conteneurs perdus en mer ne cesse d’augmenter. Les effets de ces pertes sont souvent catastrophiques et les explications pas toujours faciles à établir.

Quelques chiffres ?

En juin 2022, le World Shipping Council a publié un nouveau rapport visant à compléter, avec les données les plus récentes, son rapport de 2020. En 2021, les 6300 navires de fret international en circulation dans le monde ont convoyé environ 241 millions de conteneurs. Entre 2008 et 2021, selon le rapport, on compte en moyenne 1629 conteneurs perdus chaque année. Cependant, la répartition n’est jamais constante : sur une année, certaines compagnies n’en perdent aucun alors que d’autres en perdent plusieurs centaines lors d’un seul accident.

Graphique du nombre de conteneurs perdus en mer
©World Shipping Council

Comme en témoigne le graphique ci-dessus, certaines années les pertes sont énormes, notamment lorsqu’un navire sombre (en 2013 par exemple). Mais sur la période 2020-2021, c’est surtout le mauvais temps qui est à l’origine de nombreuses pertes. Avec plus de 1800 conteneurs perdus par le navire japonais ONE Apus en 2020 et plus de 750 par le MAERSK ESSEN (Danemark) en 2021, ce sont les pires chiffres du transport maritime liés à des questions climatiques ou de navigation.

Les risques

A l’occasion de la perte de conteneurs en mer, les conséquences peuvent être désastreuses en fonction du nombre de pièces et de la marchandise transportée. En effet, s’ils ne sont pas très vite récupérés, les conteneurs flottants peuvent entrer en collision avec d’autres navires ou de grands mammifères marins causant des dégâts importants. S’ils sont endommagés et que la cargaison se déverse, les risques de pollution des zones maritimes et côtières sont accrues (voir notre article sur l’incendie du MV X-Press Pearl au large du Sri Lanka). Enfin, s’ils sombrent par le fond, on peut logiquement redouter les effets néfastes sur l’environnement immédiat, et à plus grande échelle après corrosion et déversement de la cargaison. Le risque est alors une pollution lente et continue sans qu’on puisse en maîtriser la source.

Porte conteneurs One Apus
One Apus (Wikimedia Commons)

A titre d’exemple, lors de son accident spectaculaire en 2020 le ONE Apus a perdu 54 conteneurs de feux d’artifices, huit de batteries et deux d’éthanol, rapporte le Journal de la Marine marchande.

Les principales causes de pertes de conteneurs

Parmi les différentes causes il y en a certaines qui sont évidentes : navire qui coule, météo extrême, collision… Mais dans certains cas, les causes sont difficiles à expliquer et il faut mener des enquêtes plus approfondies. En effet, la taille des navires a considérablement augmenté durant les dernières décennies. Ainsi, les armateurs, poussés par les institutions internationales (OMI, UE etc.) ont mis en place des protocoles stricts pour l’organisation du fret à bord, mais aussi au moment du chargement et du déchargement dans les ports. Il convient donc de comprendre d’où vient le problème lorsqu’un incident survient et qu’il conduit à la perte de conteneurs.

Le cas du MAERSK ESSEN est assez intéressant. En effet, d’après l’enquête menée par le Bureau danois d’enquête sur les accidents maritimes (DMAIB), le navire s’est retrouvé exposé à un roulis trop important pour sa taille avec des angles allant de 25° à 30°. C’est ce qui a causé la perte de plus de 750 conteneurs au large d’Hawaï en Janvier 2021. Les conditions météorologiques et de navigation étaient normales, mais il est apparu que ce roulis important était en fait dû à un problème de stabilité dynamique appelé le “roulis paramétrique”. En effet, les appareils de routage avaient été configurés pour prendre en compte le cap, la hauteur des vagues et la houle, mais pas le roulis paramétrique lié au système oscillant du navire. Or, cela cause une totale perte de stabilité dans les creux des vagues.

Mouvement d'un porte conteneurs en mer
©Illustration : Shipping and Freight Resource (trad. SEAtizens)

Pour aller plus loin dans l’explication de ce phénomène, il faut comprendre que le roulis paramétrique est en fait un mélange entre du tangage et du roulis se produisant simultanément. Cela crée un mouvement de torsion très inconfortable pour les humains et stressant pour la cargaison sur le pont. Il dépend notamment de la longueur et de la vitesse du navire d’un côté et de la hauteur des vagues et de leur période d’autre part. Enfin, s’il n’est pas vite enrayé par des manœuvres, il peut causer des accidents.

On comprend donc que les causes des pertes de conteneurs peuvent être multifactorielles ou encore résulter d’une réaction en chaîne liée à tout autre chose au départ que le simple conditionnement des marchandises sur le navire.

Les solutions !

En Mai 2021, un regroupement d’industriels et de gouvernements fondent le Projet Marin TopTier. Son objectif est d’identifier et de recommander des améliorations pour le transport, l’arrimage et la sécurisation des conteneurs, et de fournir une compréhension technique. Courant 2022, le projet est soutenu par 40 participants dont 3 autorités nationales et 10 grands transporteurs (dont MAERSK, CMA-CGM, ONE ou encore EVERGREEN). La question du roulis paramétrique figure en bonne place dans les investigations et les conseils aux transporteurs.

En avril 2022, l’OMI (Organisation maritime internationale) a modifié ses directives pour l’inspection des engins de transport. Son champ d’action n’est aujourd’hui plus limité au transport de matières dangereuses mais s’étend à tous les types de marchandises. De plus, ces directives permettent de prendre en compte les rapports d’inspection des Organisations non gouvernementales (ONG). Enfin, Le sous-comité en charge du transport de marchandises de l’OMI a adopté, le 23 septembre, un projet de texte pour obliger les armateurs à déclarer les conteneurs perdus en mer.

Porte conteneurs Houston Express
©Photo de Julius Silver (Pexels)

Sur le plan technique, plusieurs entreprises ont imaginé des solutions pour prévenir la perte de conteneurs ou en guérir les effets. C’est le cas par exemple de la Société française Seatrackbox qui propose un système de tracking autonome des conteneurs perdus en mer. Fondée en 2017, cette start-up vise à favoriser la sécurité maritime des navires et lutter contre la pollution en mer.

Mais il apparaît également que chaque consommateur que nous sommes a également un rôle à jouer : œuvrer à réduire les risques d’accidents ou de pollution liés à la perte de conteneurs en mer, c’est également changer nos modes de consommation en privilégiant des biens produits localement. L’équation est simple : moins on achète de marchandises venus de l’autre bout de la planète plus on réduit les risques de pertes de conteneurs.

Partager sur :

AUTRES ARTICLES