10 (fausses) certitudes sur la mer et les poissons

Certaines contre-vérités ont la vie dure. On les lit et les relit sur internet, dans les magazines, on les voit à la télé et on les entend régulièrement à la radio. Pourtant, il s’agit de « fake news », de fausses affirmations. Voici les 10 « fake news » les plus souvent citées concernant la mer et les poissons… Des faits vérifiés et validés !

Fake news n°1 : Manger du poisson rend intelligent

La soupe fait grandir, les épinards développent les muscles et le poisson rend intelligent… Nous avons tous entendu ces phrases lors des dîners de notre enfance. A tel point que ces assertions sont entrées dans le langage commun comme des vérités absolues. Pourtant, vous ne grandirez pas en ingurgitant des litres de soupe par jour. Pas plus que les épinards ne contiennent de quoi faire de vous un surhomme. C’est un peu plus compliqué pour le poisson…

Manger du poisson peut il rendre intelligent ?
Manger du poisson peut il rendre intelligent ?

En effet, le poisson (en tout cas ceux à chair non-blanche) contient ces fameux acides gras-Oméga 3. Ce sont des substances très importantes pour les cellules de notre corps et ce, à tous les âges, du fœtus à la vieillesse. Mais si les omégas 3 sont importants pour le bon fonctionnement de nos cellules (y compris celles de notre cerveau), en consommer de grandes quantités ne nous rendra – malheureusement – pas plus intelligents. Votre QI restera le même !

Pour ceux qui n’aiment pas le poisson ou qui estiment que la surpêche est un vrai problème pour l’équilibre de notre planète, rassurez-vous : on trouve aussi des omégas 3 (EPA et DHA) dans les algues et les omégas 3 (ALA) se trouvent en quantité dans les graines (chanvre, lin, chia, pavots, sésame, tournesol…), les noix, les noisettes, pistaches.

Fake news n°2 : La mer représente 70 % de la surface de notre planète

On a l’habitude de dire que la mer recouvre 70% de la surface de notre petite planète. C’est presque vrai, mais pas totalement, puisque c’est l’eau, en général, qui recouvre 70% de la surface de la terre. Car si l’eau est abondante sur terre, il s’agit essentiellement d’eau salée. L’eau douce est beaucoup plus rare. 2,53% seulement de toute l’eau de notre planète est de l’eau douce (sous forme solide (glace), liquide ou gazeuse). Cette eau douce, si essentielle à notre survie, est présente dans les nappes phréatiques (30% de l’eau douce présente sur terre), dans les glaciers antarctiques (pour 61,7%) et les glaciers du Groenland pour 6,7% (voir les sources ici).

Une concentration des ressources en eau douce dans les glaces qui – imaginons le pire, si par exemple un réchauffement général du climat touchait notre planète – pourrait entraîner une pénurie dramatique.

Fake news n°3 : La mer, c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans

Cette chanson emblématique des années (19)80, « Dès que le vent soufflera » du chanteur Renaud explique clairement une des problématiques pour ceux qui aiment s’adonner à des passions liées à la mer (naviguer – plonger – nager…) : « la mer, c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans… ». Très clairement, la seconde partie de la phrase est vraie et bien vraie. Les poissons, dans un bel ensemble, ont des relations sexuelles dans leur habitat naturel ! En revanche, si la mer est « dégueulasse », c’est plutôt dû à l’activité humaine (voir nos articles ici, ici et ici).

Fake news n°4 : L’exploitation des grands fonds marins va permettre de baisser considérablement les émissions de gaz à effet de serre

Notre monde doit, pour survivre, réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est aujourd’hui une réalité, validée par un large consensus scientifique. Entre 2005 et 2019, les émissions mondiales de ces fameux GES ont augmenté de 23,6%. Une des causes principales de ces émissions reste la combustion des énergies fossiles (pour le transport et l’énergie). L’idée de génie est donc de baisser la part de la combustion d’énergie fossile dans le transport en fabriquant… des engins électriques (sans se demander comment va être produite cette énergie électrique, mais c’est une autre histoire).

Sauf que, pour faire tourner un moteur électrique viable dans le transport il faut… des batteries. Et les batteries d’aujourd’hui sont fabriquées avec des métaux particulièrement rares et difficiles à trouver sur terre, mais que l’on trouve en quantité (à priori) dans les grands fonds marins. Il n’y a qu’à se baisser (en allant tout de même dans les très grandes profondeurs (voir notre article ici) pour extraire les zinc, cuivre, manganèse, cobalt, nickel et autre lithium indispensables à la fabrication de nos batteries.

Nodules de manganèse
Les fonds marins regorgeraient de métaux rares indispensables à la fabrication de nos si chères batteries (ici des nodules de manganèse – © NOAA)

Donc en autorisant l’exploitation minière des grands fonds marins, on va réduire les émissions de GES. CQFD !

Malheureusement, rien n’est aussi simple. Les océans absorbent 30% du CO2 émis par les activités humaines qui finit en partie piégé dans les sédiments des abysses. Et comme le précise Greenpeace : « Labourer les fonds marins risque de dérégler le cycle du carbone dans les océans et donc leur rôle crucial de ralentisseur du changement climatique. Nous avons besoin d’océans en bonne santé pour un climat propice à la vie sur terre. »

Qui est prêt à prendre ce risque pour simplement changer de smartphone tous les ans ?

On le dit et on le répète : sur terre comme en navigation, il faut savoir économiser son énergie pour aller loin…

Fake news n°5 : L’industrie nautique est particulièrement écologique et vertueuse car les bateaux avancent avec le vent

Si les voiliers avancent – en partie – grâce au vent qui souffle dans leurs voiles, il faut garder à l’esprit que les 3/4 des bateaux de plaisance dans le monde sont… des bateaux à moteurs ! Et on ne parle pas ici des bateaux de pêche, des cargos et porte-containers qui n’avancent à 99,99% que grâce aux seules énergies fossiles (voir notre article sur les cargos à voile ici).

Mais même en ce qui concerne les voiliers, le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il n’y paraît. On trouve en effet à bord de quasiment tous les voiliers (en tout cas ceux au-dessus de 6 m) un, voire deux moteurs sans compter le ou les groupes électrogènes censés fournir en électricité des habitacles au confort « comme à la maison »).

Même les voiliers de course (qui n’ont pas le droit d’être propulsé par autre chose que le vent) ont besoin de fuel pour fabriquer l’énergie indispensable à leur fonctionnement : en moyenne sur un Vendée Globe (le tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance) la consommation de chaque bateau est de 60 litres de gasoil… Alors imaginez pour un lourd et confortable bateau de croisière ! Sur une transatlantique comme l’ARC, les bateaux partent en moyenne avec entre 200 à 500 litres de gasoil pour la traversée.

Enfin, n’oublions pas que tous ces bateaux sont construits à base de produits issues du pétrole (résine polyester, vinilester ou époxy, tissus verre, carbone, kevlar…) et restent très peu recyclés (voir notre article ici).

Fake news n°6 : Pour lutter contre la pollution plastique, il suffit de collecter les déchets flottants

Certaines études nous expliquent que d’ici peu, il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons. Alors, pourquoi ne pas envoyer des grands « bateaux-aspirateurs » récupérer ces plastiques ? La réalité est que, malheureusement, ça ne marche pas. On estime à 198 millions de tonnes les plastiques qui ont été déversés dans les océans depuis les années 50. Mais les plastiques encore en surface, ceux que nous pourrions envisager d’essayer de collecter, sont estimés à 1,13 millions de tonnes. Soit à peine 0,6% de la totalité. Et encore, une grande partie de ce tonnage est composé de micro plastique quasi impossible à repêcher.

Bref, lancer une opération de « ramassage » ne serait qu’une perte d’énergie (et d’argent). Il vaut largement mieux se concentrer sur des solutions pour éviter que de nouvelles quantités de plastique n’arrivent dans les océans !

Fake news n°7 : Il existe un 7ème continent de plastique

S’il existe bien un espace, situé dans l’Océan Pacifique, où l’on retrouve une quantité très importante de plastiques, il ne s’agit vraiment pas d’un amas compact et encore moins d’un continent.

Ce terme n’est donc pas vraiment approprié même s’il donne une bonne idée de la taille de cette véritable décharge en plein cœur du Pacifique Sud. Il s’agit plus d’un regroupement de tous les déchets flottants – et donc du plastique – qui sont comme aspirés dans cette zone. Les courants marins s’enroulent selon le principe de la force de Coriolis et forment d’immenses vortex (les gyres océaniques). Ils aspirent littéralement tous les détritus flottant dans la zone et les retiennent définitivement dans ces amas de plus en plus denses au fur et à mesure des années.

On retrouve d’autres zones de concentration de ces déchets flottants, allant de microparticules à des morceaux faisant plusieurs mètres, dans le Pacifique Nord et, même si c’est dans une moindre mesure, dans l’Atlantique Nord et Sud ainsi qu’au cœur de l’Océan indien.

Fake news n°8 : La pêche industrielle est responsable de la moitié de la pollution plastique

Seaspiracy
Les meilleures intentions peuvent entraîner des incompréhensions. C’est le cas du documentaire Seaspiracy.

Vous avez vu Seaspiracy sur Netflix ? Un excellent documentaire qui explique les problèmes liés à la surpêche. Dans ce documentaire, on apprend que « près de la moitié du plastique retrouvé dans le gyre du Pacifique (voir la 7e affirmation de cet article) est constitué de filets de pêche ». De là à comprendre que presque la moitié du plastique composant le fameux 7e continent de plastique est dû en majorité à la pêche industrielle, il n’y a qu’un pas… qu’il ne faut surtout pas franchir. Le plastique en surface n’est que la partie immergée (et donc visible) de l’immensité du problème.

La seule étude que nous ayons pu trouver sur le tonnage du plastique abandonné dans les océans imputables à la pêche parle de 1,14 millions de tonnes. Soit environ 8% de la pollution plastique annuelle touchant les océans. C’est beaucoup. C’est énorme. Mais la pêche industrielle fait de bien plus gros dégâts sans qu’il soit besoin de l’affubler de pollueur en chef des océans. Arrêter la pêche industrielle fera beaucoup de bien aux écosystèmes marins mais ne stoppera pas la pollution plastique des océans.

Fake news n°9 : La quasi-totalité de la pollution plastique en mer provient de 10 fleuves

De 88 à 95% des déchets plastiques retrouvés en mer seraient issus de 10 fleuves seulement. Vous avez lu des articles sur le sujet ? Nous aussi. Mais là encore, il s’agit d’une information un peu sensationnelle et surtout inexacte. Elle sous-entend qu’en résolvant le problème de la pollution plastique sur 10 fleuves, on pourrait endiguer la présence des plastiques dans la mer… L’étude dont on parle a été publiée dans la revue Environnemental Science & Technology (octobre 2017).

Et que disait cette étude ? Que 88 à 95% des déchets plastiques venant des fleuves et rivières – soit 1,14 millions de tonnes sur les 8 millions de tonnes que la terre en général, déverse dans les océans – venaient de 10 fleuves seulement ! Autrement dit, 90% de 1,14 million de tonnes viendraient de 10 fleuves.

A noter que les dernières études parues sur le sujet démontrent que la quantité de plastique rejeté par les fleuves en mer est beaucoup plus compliquée à calculer et les modèles ne sont pas d’accord entre eux… Donc, à suivre !

Fake news n°10 : Les navires des ONG qui font du sauvetage en mer font le jeu des passeurs

On ne le répétera jamais assez : en mer, on se doit de porter assistance à toute personne en danger. C’est une règle tacite entre tous les marins. Mais c’est aussi la loi. La non-assistance en personne en danger est punie d’une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Le sauvetage en mer est une obligation morale ET légale.
 Le sauvetage en mer est une obligation morale ET légale. (©SOS Méditerranée)

La question du sauvetage en mer (qui est, et a toujours été, effectué dans le plus strict respect du droit maritime et international) ne se pose pas en termes de “faire le jeu des passeurs” – qui se moquent bien de savoir si le bateau chargé de migrants va atteindre l’Europe (au départ de la Lybie) ou l’Angleterre (au départ de la France). Ces mafias ont touché leur argent à l’embarquement et n’ont aucun « bonus » en cas de succès de la traversée.

La réalité est plus prosaïque : comment éviter des milliers de morts chaque année en Méditerranée ? En aidant les pays pour que leurs populations aient les moyens de rester chez eux ? C’est certain. En empêchant les passeurs d’agir et d’envoyer ces hommes, femmes et enfants à une mort certaine ? Bien sûr, mais comment ? Et une fois en mer, quelle autre solution avons-nous que de porter assistance à des personnes en danger ? 

Pour en savoir plus sur cette question difficile, n’hésitez pas à vous reporter sur nos différents articles ici et ici.

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